Journal d’une résidence d’architecture à Sauveterre-de-Guyenne

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LE PORTRAIT n°4/5

Rédigé par Manon Ravel / 12 janvier 2021 / Aucun commentaire


De Joël Palem




Chaque jour ou presque, Joël quitte la Résidence de la petite Bastide pour avaler les kilomètres à grandes enjambées. Une casquette noire, un manteau jaune fluo descendent saluer la Vignague, remonte au Bouey, à côté des jardins pentus du maraîcher Bruno Sarlat et continuent leur marche sur la route à la suite des vélos, des voitures et des machines agricoles.

Joël évite les vagues des trottoirs et comme la Vignague, file au plus bas : les voies carrossables sont ses chemins pédestres. Les volants tournent à gauche et évite sa silhouette massive qui accélère le rythme, traverse le Petit Ferrand, le Grand Ferrand, passe à côté du château Madaillan et à « moitié côte », comme il dit, Joël tourne sur la gauche pour retrouver son coq et ses deux poules dans une parcelle verte bien nettoyée à l’arrière de sa maison de plein pied.

Chez lui, une bouteille de rosé pamplemousse faite maison loge dans la porte du frigo et les dessins des enfants racontent les liens tissés avec ses voisins. Il remplace sa casquette noire par un chapeau de cow-boy et rit des différents rôles qu’il peut endosser : blagueur, concierge à ses heures ou historien local, Joël aime rendre service et raconter Sauveterre. Il décrit ses détours et les chemins qu’il parcourt, ses mains appuie son récit précis. Il nomme chaque bâtiment, maisons ou commerces, par les noms de famille de ceux qui y vivent. Un souvenir, souvent, lui revient : monsieur Catelino fabriquait des cercueils rue Saubotte et dans la même rue, juste après l’école, monsieur Tessier, vendait de l’électro-ménager et a pris l’initiative de lancer l’aventure de Radio Entre deux Mers… Les noms s’égrènent et petit à petit, une vie sociale prend forme à travers.

Chaque jour ou presque, Joël monte au centre-bourg, achète une baguette et atterrit au bar des Arcades : la voix qui porte, l’accent saillant et l’humour aux lèvres, il est incontournable. Attablé à la terrasse, un œil posé sur la place, il rêve d’une hall de marché au toit recouvert de panneaux solaires.


Article rédigé par Marie Willaime, écrivaine en résidence à Sauveterre-de-Guyenne.

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